Banjul, le 31 mars 2022 : IHRDA et Jojoo Cobbinah, journaliste ghanéen et défenseur des droits de l’homme, le 30 mars 2022, a déposé une plainte contre la République du Ghana devant le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (le CAEDBE), alléguant l’échec du Ghana à protéger le droit à l’éducation et à la non-discrimination fondée sur le sexe des filles résidant dans les villages Ashanti en bordure du fleuve Offin.

Dans cette affaire d’intérêt public, les Requérants soutiennent que de nombreuses filles des communautés de la région d’Ashanti traversent le fleuve Offin sur pirogue pour se rendre à l’école dans d’autres districts de la région du Centre, faute au manque d’école dans leurs propres communautés. Cependant, les communautés en bordure du fleuve Offin observe une coutume, supposée instruite par le dieu du fleuve, qui interdit aux femmes et aux filles ayant atteint l’âge adolescent de traverser le fleuve les mardis et pendant leurs périodes menstruelles. Les riverains ont une croyance qui suppose que toute femme et fille qui ose violer cette coutume sera emportée par le fleuve ou mourra ; ou à défaut, elle devra faire de sacrifices pour apaiser le dieu du fleuve. Cela signifie que beaucoup d’adolescentes ne peuvent pas aller à l’école pendant plusieurs jours chaque mois, compte tenu du nombre de mardis et de jours de menstruation pour les filles dans chaque mois ; cependant, les garçons peuvent aller à l’école tous les jours ouvrables. Outre le fait que cette restriction entraîne un retard scolaire chez les filles, et a poussé certaines à abandonner l’école, elle accentue le risque de pauvreté, de mariages précoces et d’exploitation des enfants chez les filles, sans oublier le risque de noyade lors de la traversée du fleuve pour se rendre à l’école. En plus d’être un problème de santé et de droits sexuels et reproductifs, les Requérants soutiennent que cette restriction constitue une discrimination fondée sur le genre et une violation du droit des filles à l’éducation.

S’exprimant après le dépôt de l’affaire, Gaye Sowe, Directeur exécutif d’IHRDA, dit : « Nous avons personnellement échangé avec un bon nombre de filles, parents et autorités éducatives dans les communautés concernées ; ce qui nous a permis de mieux apprécier la gravité de ce problème… Cette affaire n’est pas seulement question de défendre le droit des filles à l’éducation, mais aussi d’assurer l’égalité des chances pour les filles et les garçons, et un avenir meilleur pour tous les enfants ».

Les Requérants affirment que le gouvernement du Ghana est conscient du problème (étant donné qu’il y a plusieurs rapports du gouvernement, de la société civile et des médias sur le problème, accessibles au public), mais n’a pas tenu ses promesses répétées de construire des écoles dans les communautés Ashanti concernées, comme un pas vers la résolution du problème. Ainsi, les Requérants estiment que le gouvernement du Ghana est en violation du droit de ces filles à l’éducation et à la protection contre la discrimination fondée sur le genre, qui sont protégés par la Constitution du Ghana et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, entre plusieurs autres instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme auxquels le Ghana est un État partie.

Dans cette optique, les Requérants demandent au CAEDBE de recommander au gouvernement du Ghana de prendre des mesures spéciales pour garantir que les filles concernées aient accès à l’éducation, et d’adopter des stratégies d’information, d’éducation et de communication visant à éliminer les pratiques culturelles et traditionnelles néfastes à l’égard des filles.